Pourquoi choisir du cuir européen (2/2) : Environnement et santé

Photos d'enfants brûlant des déchets au bord du Buriganga au Bangladesh afin de récupérer les métaux - Blog d'Atelier Phi par Stéphane Bourriaux
Enfants brûlant des déchets au bord du Buriganga au Bengladesh afin d'en récupérer le métal Photo : Shezhad Noorani

Je parlais dans la première partie de cet article de l’impact social et humanitaire de la production du cuir au Bangladesh. Pour rappel, le Bangladesh produit du cuir à très bas coût dans un respect des conditions humaines et animales proches (si ce n’est pas en dessous) de zero. Hélas pour nous et les Bangladais, la catastrophe ne s’arrête pas à cela. L’environnement et la santé de tous sont concernés.

Le tannage au chrome : le coté obscur de la Force

Rapide, peu cher, facile à mettre en oeuvre, le tannage au chrome représente entre 85 et 90% de la production mondiale de cuir. On utilise un composé minéral, l’oxyde de chrome III (chrome trivalent pour les passionnés de chimie). Le composé en lui même n’est pas toxique pour l’homme et l’environnement, du moins à faible dose. Notre organisme en a même besoin. Le vrai soucis est qu’il peut se recombiner en chrome VI (hexavalent ou trioxyde de chrome).

Le chrome VI est un puissant irritant qui peut causer des dermatites sévères. C’est, en plus, un agent toxique et cancérigène connu. Je vous invite à consulter sa fiche toxicologique sur le site de l’INRS. Mais comment peut-on passer de III à VI? Soit en multipliant par deux ou en ajoutant trois (nan mais cette question…). Plus sérieusement, il existe plusieurs possibilités : contact avec d’autres composés chimiques, hautes températures, expositions aux rayons ultraviolets etc.

Atelier Phi - Blog - cuir européen
Dermatite causée par le chrome VI dans des chaussures de sécurité
(source : Atlas de Dermatologie Professionnelle)

Certaines de ces conditions se retrouvent dans la nature. Le chrome III des effluents des tanneries exposé longtemps au soleil et/ou à l’oxygène de l’air peut ainsi devenir du trioxyde de chrome. On voit d’ailleurs dans le reportage d’Envoyé Spécial « Les forçats de la mode » que les grandes tanneries  de Dhaka vidangent leurs effluents de chrome dans des canaux en plein air et que de petites tanneries les récupèrent pour les réutiliser. Le résultat est facile à deviner

Ces mêmes canaux d’évacuation débouchent directement dans le fleuve Buriganga qui baigne Dakha. Les deux mille tanneries et autres industries bangladaises l’ont complètement asphyxié. Aucune forme de vie ne peut plus s’y développer. La rivière Riachuelo en Argentine et le Gange en Inde sont dans des situations critiques à cause des tanneries de Buenos Aires et Kanpur respectivement.

Niveaux de contamination des canaux d’irrigation de Buenos Aires.
Source : hmf.enseeiht.fr

Le plus dramatique est que les eaux de ces fleuves servent à irriguer des exploitations agricoles en aval. Un épouvantable désastre pour l’humain et l’environnement. Je vous invite à regarder le saisissant reportage photographique River Bleeds Black de la Fondation Open Society

Dans un monde haut en couleurs

Un détail important dans le reportage d’Envoyé Spécial comme celui de d’Elise Dablay et Eric de la Varene, c’est de voir des ouvriers manipuler et baigner dans de la teinture au mercure sans  protection. Le mercure est interdit en France depuis plus de vingt ans. Il endommage sérieusement le système nerveux, même à très faible dose. Plus effrayant encore : ce même mercure risque de se retrouver dans des chaussures et des vêtements dans les rayons de nos commerces.

On n’est jamais mieux que chez soi

Pendant ce temps, en Union Européenne, les règles du jeu sont très différentes. Premièrement, la norme REACH impose un taux de chrome hexavalent de 3mg/kg (3ppm). Dans certains articles venant d’Asie, on a retrouvé jusqu’à quatorze fois ce seuil. Néanmoins, la loi promulguée le 1er mars 2015 (sous la pression du Danemark) devrait venir à bout de cette problématique.
Stéphane Bourriaux - Atelier Phi - Logo Reach
Ensuite, l’obligation pour les tanneries et mégisseries de récupérer et traiter leurs eaux usées avant de les rejeter dans la nature. Cela nécessite des centrales coûtant plusieurs centaines de milliers d’euros. C’est un paramètre supplémentaire qui fait grimper le prix final du cuir.
 

Je vous ai fait peur ?

Ce n’était pas  le but. Si vous craignez de retrouver du chrome VI dans vos accessoires en cuir (ce qui ne devrait pas arriver avec du cuir made in France), il existe plusieurs alternatives :
 
Bien qu’encore couteux, le tannage au titane commence à émerger depuis quelques années. Les cuirs au titane présentent les mêmes caractéristiques que leurs équivalents au chrome tout en étant plus écologiques (voir article sur Notre-Planete.info).
Atelier Phi - Stéphane Bourriaux - Chaussure Sanotan Fluchos
Chaussure ACQUILES en cuir SanoTan de la marque espagnole Fluchos
(source : www.fluchos.com)
 
Une autre alternative bien connue est le cuir tanné au végétal. C’est un matériau hypoallergénique. Il est certes plus cher, mais moins nocif pour l’environnement et pour la santé. C’est le choix que j’ai fait dans la démarche écoresponsable d’Atelier Phi. Cependant, le cuir au végétal n’est pas le plus adapté aux vêtements. Par contre, on le retrouve souvent dans les souliers de qualité et de luxe. Il est aussi merveilleux pour vos accessoires de maroquinerie, vos sacs et malles en tous genres.
Ceinture doublée en cuir tanné au végétal d’Atelier Phi

Enfin, les cuirs de la société allemande EcoPell gmbh qui a développé un procédé innovant à base d’extraits végétaux et de tannins synthétiques pour fabriquer un cuir écologique certifié.

À vous de choisir

J’espère avoir réussi à vous sensibiliser à l’importance de bien choisir les articles en cuir que vous achetez. Il faut retenir qu’acheter des articles fabriqués en Inde, en Chine ou au Bangladesh implique de contribuer  à :

  • L’exploitation d’êtres humains, dont des enfants, dans des conditions sanitaires déplorables;
  • La maltraitance inutile, à la limite du sadisme, d’animaux;
  • La destruction d’écosystèmes complets;
  • La pollution de cours d’eau qui servent ensuite à l’agriculture locale;
  • Encourager l’importation de produits finis potentiellement dangereux pour la santé de leurs utilisateurs.
J’ai conscience le « Made in France » n’est pas toujours accessible à tous. J »incite chacune et chacun à le faire dans la mesure du possible et de ses moyens.

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