Le cuir dans tous ses états – Partie 3 : La finition

Cuir Ingrassato couleur Miel photographié par Stéphane Bourriaux

Il existe quatre finitions pour le cuir. En fait non, il en existe trois plus une absence de finition. Disons trois et demie alors. Vous lirez et entendrez souvent dans le commerce les trois termes suivants : cuir pigmenté, cuir aniline et cuir semi-aniline. J’y ajoute le cuir naturel ou non-fini.

Le cuir non-fini : brut de décoffrage

Il s’agit souvent de cuir tanné au végétal sur lequel aucune protection n’est appliquée. On le retrouve souvent en sellerie ou sur de nombreux articles Louis Vuitton. Ce cuir demande beaucoup d’entretien car il se salit très vite. A titre d’exemple, les cavaliers nettoient leurs selles après chaque sortie. Par contre, les produits utilisés comme le savon glycériné et les huiles ou graisses spéciales vont donner une patine avec le temps. Le cuir passe d’une couleur chair clair à un joli teint bronzé et brillant avec un petit quelque chose d’indescriptible mais qui fait toute la différence.

Le cuir aniline : La beauté à l’état pur

En général, un cuir pleine fleur sur lequel on applique une teinture transparente. Celle-ci pénètre en profondeur et n’altère pas la texture du cuir. Les défauts naturels de celui-ci restant visibles, d’ou le choix de cuir pleine fleur. C’est la finition la plus appréciée des connaisseurs pour son aspect naturel, chaleureux et authentique. Néanmoins, aucune protection n’est appliquée. Ce sont donc des cuirs très sensibles aux salissures et qui nécessitent un entretien régulier.

Dans la photo ci-dessus, on peut constater que les follicules du cuir sont creusés et nets. C’est le trait caractéristique d’un cuir aniline.

Le cuir pigmenté : pour celles et ceux qui cherchent la simplicité d’entretien

On applique une peinture colorée, couvrante et opaque. Cette couche de finition protège très bien le cuir contre les agressions extérieures. Elle permet aussi d’effacer de nombreux défauts des peaux et est donc prisée pour les produits d’économiques car on peut utiliser des bruts de qualité moindre. En plus, ce sont des cuirs très faciles à entretenir (en général de l’eau avec un savon spécial cuir). Par contre, les connaisseurs lui reprochent un aspect quelque peu plastique et froid. 

Les cuirs pigmentés sont très courants en maroquinerie bas de gamme et en ameublement.

Ci-dessus, un cuir pigmenté. En regardant de près, on peut deviner les pores de follicules. Ils sont noyés dans la peinture pigmentée.

Le cuir semi-aniline : un bon compromis.

On utilise un cuir à fleur corrigée ou pleine fleur. La peau est plongée dans un bain de teinture aniline. Ensuite, on ajoute une couche (vernis ou cire) semi-transparente afin d’augmenter la protection. Cette couche est souvent colorée afin de rendre la couleur plus homogène. C’est un très bon compromis pour les gens voulant de beaux cuirs sans vouloir passer des heures à les entretenir.

Sur l’image de cuir semi-aniline précédente, on peut encore voir les follicules. Néanmoins, ils sont moins nets que sur un cuir naturel ou un cuir aniline du fait de la couche supplémentaire de protection.

Encore une fois : mais comment les reconnaître ?!

Il est assez simple pour le ou la profane de faire la différence entre un cuir aniline et pigmenté. Deux méthodes existent :

  • La méthode de la goutte d’eau : On dépose une petite goutte d’eau sur le cuir et on attend une minute ou deux. Si la goutte reste en surface, c’est une finition pigmentée. Si la goutte est en grande partie ou intégralement absorbée, c’est une finition aniline. Dans le cas de la finition semi-aniline, la goutte risque de rester en surface, mais si on l’essuie, elle laissera une marque d’eau. Il faut faire attention avec ce test. Un cuir aniline gras est plus imperméable qu’un cuir normal, la goutte d’eau risque de ne pas être absorbée.
  •  La méthode de la loupe : On scrute l’objet concerné avec une loupe ou un compte fil et on observe la texture et particulièrement les follicules. Si ceux-ci semblent bouchés ou absents, nous sommes face à une finition pigmentée. A contrario, si ceux-ci sont amplement visibles et détaillés, c’est une finition aniline. Un cuir semi-aniline aura une apparence intermédiaire entre les deux. N’hésitez pas à utiliser les images grossies qui figurent dans cet article.

En résumé

Après avoir lu les trois articles de cette trilogie « Le cuir dans tous ses états », vous devriez être en mesure de mieux distinguer un cuir de qualité d’un cuir « carton ». Voici ce qu’il faut retenir de tout cela :

  • Le tannage influe plus sur les propriétés du cuir que sur sa qualité. Un tannage au chrome est parfait pour l’habillement ou l’ameublement, mais inadapté pour la sellerie ou la ceinture qui sont plus le domaine du cuir végétal. Cependant, en fonction du pays ou le cuir a été produit, la qualité du tannage peut influer sur la longévité de la matière et l’impact sur la santé des utilisateurs. Il est important de faire de son mieux pour savoir d’ou vient le cuir. Un premier indice est d’éviter les « fabriqué en R.P.C (République Populaire de Chine), Inde, Bangladesh » et autres.
  • Le surfaçage est le premier indicateur de la solidité et de la durabilité de votre cuir. Un cuir pleine fleur est ce qui se fait de mieux. Les cuirs velours et les nubucks sont de bons produits mais nécessitent un minimum de rigueur. Les cuirs à fleur corrigée sont à éviter si l’on veut garder son produit longtemps, mais sont inévitables dans le cas d’un sofa abordable. Enfin, les cuirs grainés peuvent cacher un cuir pleine fleur ou un cuir poncé. Un examen à la loupe permet de s’en rendre compte.
  • La finition est le deuxième indicateur de qualité. Un cuir aniline ou un cuir brut sont des valeurs sûres, mais ont un impact sur le portefeuille pas toujours négligeable. Les cuirs pigmentés, très courants, sont résistants aux frottements, griffures et autres agressions, mais ce n’est pas toujours facile de savoir ce qui se cache en-dessous comme nature de utilisés chez Atelier Phi sont d’une qualité extraordinaire. Autant un fabriquant de canapés semblait indiquer de se méfier de ce type de matériaux dans l’ameublement car ils sont souvent à fleur (très) corrigée.
J’espère que ces trois articles auront permis aux lecteurs de mieux s’orienter dans la terrible jungle du commerce du cuir. En attendant le prochain article, je vous souhaite de bons achats.

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